📖 Notre histoire

De l'atelier vosgien au monde entier :
l'aventure de la joëlette

Comment un oncle amoureux de la montagne a inventé, pour son neveu myopathe, l'engin qui ouvrirait la nature à des dizaines de milliers de personnes à mobilité réduite.

1987 : une montagne à partager

Tout commence dans les Vosges, dans l'atelier bricolé d'un accompagnateur en montagne nommé Joël Claudel. Son neveu Stéphane Maurice, atteint d'une myopathie, ne peut pas marcher, et encore moins parcourir les sentiers. Pour Joël, le métier est une passion transmise, la montagne un terrain d'émotion. L'idée d'y emmener Stéphane ne le quitte plus.

Les fauteuils roulants existants sont faits pour les trottoirs. En montagne, ils bloquent, patinent, basculent. Joël imagine alors quelque chose de radicalement différent : un siège porté entre deux brancards, équipé d'une seule roue, capable de se faufiler sur les sentiers les plus étroits. Un brancard réinventé, taillé pour l'altitude.

Après plusieurs mois d'essais, de soudures, de prototypes assemblés à la main, le premier modèle voit le jour en 1987. Stéphane peut enfin rouler sur les chemins que son oncle lui avait tant décrits. Le nom de l'engin s'impose naturellement, par affection : la joëlette, du prénom de celui qui l'a imaginée.

22 décembre 1988 : naissance de Handi Cap Évasion

Joël Claudel comprend très vite que cette invention ne doit pas rester familiale. D'autres familles, d'autres Stéphanes, attendent quelque part un moyen de rejoindre la nature. Le 22 décembre 1988, il fonde l'association Handi Cap Évasion (HCE) pour organiser des sorties, former des bénévoles, et mettre des joëlettes à disposition de celles et ceux qui en ont besoin.

L'association n'a rien d'abstrait : ses premiers bénévoles sont des guides, des randonneurs, des amis. Les premières sorties se déroulent dans les Hautes-Alpes, puis s'étendent aux autres massifs. Un collectif de passionnés, très « français » dans son esprit : simple, généreux, pragmatique.

En 1990, HCE frappe un grand coup : la première grande expédition internationale, dans le Haut Atlas marocain. Pour la première fois, des personnes à mobilité réduite découvrent la haute montagne étrangère. L'image fait le tour du microcosme du handicap. La joëlette n'est plus un prototype bricolé : c'est un outil qui tient la route sur les terrains les plus exigeants.

Ce n'était pas qu'une mécanique. C'était une manière de dire que personne ne devait rester au pied des sentiers.
— Esprit fondateur de Handi Cap Évasion

1993 : passer du bricolage au grand public

La demande explose. Des associations partout en France veulent leur joëlette. Mais Joël Claudel est un guide de montagne, pas un industriel : il ne peut pas produire en série. En 1993, il prend une décision généreuse : il confie le prototype à Handicap International, qui va l'adapter pour une production plus large.

Les prototypes suivants sont retravaillés, notamment avec l'apport de l'INSA Lyon : siège baquet, ajustement automatique d'angle, réglages hydrauliques. Tout n'est pas retenu : certaines innovations rendent la joëlette plus fragile ou moins polyvalente. L'esprit d'origine — robustesse, simplicité, sécurité — finit par s'imposer. En 1995, la première commercialisation sérieuse est lancée par l'entreprise CDRD.

À partir de ce moment-là, la joëlette n'est plus le secret d'un petit réseau d'initiés vosgiens et alpins : elle commence à équiper les fédérations de randonnée, les associations de sport adapté, les collectivités, les refuges, les clubs de handisport.

2006 : l'industrie française prend le relais

En 2006, un autre homme entre dans l'histoire : Pierre Ferriol, à la tête de Ferriol-Matrat, entreprise métallurgique de Roche-la-Molière (Loire). Industriel passionné, il perçoit le potentiel humain et sportif de la joëlette. Il reprend la fabrication et la fait entrer dans l'ère industrielle, sans perdre la qualité d'origine.

Aujourd'hui, Joëlette & Co by Ferriol-Matratproduit l'ensemble de sa gamme 100 % en France, dans ses ateliers de Roche-la-Molière. Une trentaine de salariés travaillent autour de ce produit, dont une équipe dédiée, et un nouveau bâtiment de 1 000 m² accompagne la croissance.

Le succès est réel : près de 70 % du chiffre d'affaires est réalisé à l'international. La joëlette française est exportée au Canada, aux États-Unis, en Italie, et dans de nombreux autres pays. Une fierté industrielle rarement évoquée dans le grand public.

Siège (69)

Les 9 antennes locales de Handi Cap Évasion en France.

HCE aujourd'hui : une communauté nationale

Près de quarante ans après sa fondation, Handi Cap Évasion rassemble près de 1 000 membres et anime 9 antennes localesen France : Rhône, Loire, Auvergne, Ardèche, Occitanie, Nantes-Atlantique, Anjou, Picardie et Grand Est. Chaque année, des centaines de sorties, week-ends et séjours prennent forme grâce à l'engagement bénévole.

L'association reste fidèle à ses principes fondateurs : le partage comme premier carburant, la montagne comme premier terrain, la mixitécomme règle d'or. Pas de « public handicapé » d'un côté, de « valides » de l'autre : une cordée, simplement, dans laquelle chacun trouve sa place.

Du sentier au marathon : la joëlette entre dans le sport

Longtemps associée exclusivement à la randonnée douce, la joëlette a pris ces dernières années un tournant inattendu : elle entre dans le monde du sport et de la compétition. Des équipages de trail parcourent désormais des parcours techniques, des coureurs poussent leur binôme sur des semi-marathons, des marathons et même des courses natures exigeantes.

Des associations comme Roul'Yon Ensemble à Lyon ou Sokorritzaileakau Pays Basque incarnent cette nouvelle génération, qui lie accessibilité et performance. Elles prouvent que la joëlette n'est pas un compromis : c'est un outil d'émotion sportive à part entière.

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Et nous, dans cette histoire ?

ActiveJoeletten'invente rien : tout ce qui précède existe grâce à Joël Claudel, aux bénévoles de HCE, aux équipes de Ferriol-Matrat et à toutes les associations indépendantes qui font vivre la joëlette dans leur territoire.

Notre rôle est plus modeste : être le carrefour numériqueoù les propriétaires et les utilisateurs de joëlettes se retrouvent. Un endroit où chacun peut publier, chercher, emprunter, proposer, se mettre en lien. L'objectif est simple, et il reprend mot pour mot une idée que Joël aurait sans doute approuvée : que chaque joëlette soit utile, et utilisée.

Parce qu'une joëlette qui dort dans un placard, c'est une sortie en moins pour quelqu'un qui en aurait bien besoin.

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